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Délicate et saine

Délicate et saine

Journal d'une reconversion professionnelle. Ou comment passer de Directeur Travaux à Charcutier Traiteur.

Like a candle in the wind.

Like a candle in the wind.

J'avoue voir en nos proverbes de campagne comme une assertion. 

Ces phrases, qui semblent d'outre-temps, sont pourvues d'une logique enfantée de l'observation et la sagesse. 

Un des dictons (des villes) de ce mois d'avril dit:

"En avril ne te découvre pas d'un fil. En mai, fais ce qu'il te plaît."

Ce dicton, bien des jeunes enfants se l'entendaient dire chaque matin par leur mère.

En campagne, j'entendais plus souvent les adages qui faisaient référence à ces tant redoutés Saints de glace. Ainsi les :

"Avant Saint-Servais, point d'été ; après Saint-Servais, plus de gelée."

ou alors :

"Quand la Saint-Urbain est passée, le vigneron est rassuré."

C'est en voyant les images tristement magnifiques d'Aurélien Ibanez (ici https://www.facebook.com/aurelienibanezimages/ ) à Chablis, qu'elles prennent le sens tragique de leur nature.

Les vignerons de Bourgogne et d'ailleurs se sont battus pour gagner 1 ou 2°C pendant des nuits afin de laisser une chance à ce millésime de voir le jour.

Comme une curiosité de la vie, le jour où je regardais ces images était une date anniversaire que je n'avais pas anticipée.

En effet, il y a un an (et quelques petits jours donc), je vidais ma messagerie, rendais clefs de voiture, de bureau et téléphone et disais une dernière fois au revoir à ceux qui allaient devenir "d'anciens collègues", n'emportant avec moi que les photos et dessins qui, siégeant sur mon bureau, accompagnaient mes longues heures, journées et même nuits (trop souvent).

Naïvement, j'avais cru qu'une fois le seuil de la porte franchi, j'allais pouvoir prendre une longue respiration, esquisser un large sourire, enfiler mes lunettes de soleil et partir le coeur léger.

Il n'en fut rien en fait. La tête basse, brisé par le poids de mes décisions, transi de peur, je quittais cette "boîte" éreinté et plus démuni qu'autre chose.

Je découvrais alors l'angoisse du vide, le deuil de la fonction et surtout l'addiction au stress. C'est absolument paradoxal de voir à quel point on est dépendant de cette p.... de pression. C'est à cause de celle-ci que j'ai fait le choix de partir pour préserver ma santé. A présent, son absence est un gouffre! "Non mais allo quoi!"

J'avais besoin de temps. Il m'a été très difficile de l'accepter car le temps c'est ce que je n'avais plus dans ma vie d'avant : le temps de penser, de faire, d'écouter, de manger et (pire) de dormir.

Alors se trouver dans cette situation (où le temps n'est plus un luxe mais une doctrine) vous renvoie une image très négative de vous-même : une image d'échec. Moi qui optimisais chaque minute de ma journée, je devais apprendre à prendre mon temps. Moi qui ne voyais ma famille qu'en pointillés, il fallait à présent que je vive à son rythme. Autant de situations paradoxales que je n'avais pas imaginées.

Il a fallu accepter de laisser mon corps choisir la durée de mon sommeil. Je culpabilisais de dormir 8h. Je mangeais entrée, plat et dessert quand les enfants commençaient à peine le plat. J'étais en permanence dans l'anticipation de l'instant d'après et ne vivais pas celui présent.

Après des années de pression, je découvrais l'inverse : la dépression. 

Je devais faire face à cet océan de vide où tout n'est que doute et remise en cause.

Je me sentais comme cette vigne, impuissante face à la météo, sortant à peine de l'hiver et devant s'en remettre au destin et au concours des autres pour continuer à vivre.

Il y eut encore quelques nuits blanches, un milliard de questions, quelques larmes et cette nécessité de relancer la machine.

Au bout de mes interrogations, avec ma femme, nous avons fait le point sur ce que nous avions, ce que nous voulions conserver et ce qui était superflu. Une fois ce travail fait, tout devenait plus simple et c'est là que notre projet s'est réellement affirmé. 

Depuis, j'ai intégré cette formation de Charcutier Traiteur dont je suis si fier et qui donne une orientation toute autre à ma vie : un second souffle qui sonne comme une évidence.

A présent, je suis fier, je respire, j'écoute, je rie et je dors. C'est la récompense première de mes choix. 

Personne ne pourra me reprendre ceci.

Je sais que ce socle solide peut vite devenir un équilibre fragile si l'on n'a pas la volonté de l'entretenir.

Qu'il faut faire les choses avec passion mais toujours veiller à ce qu'elles ne décident pour nous.

A tous ceux qui doutent, n'oubliez jamais : ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort.

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Yvon 26/04/2017 10:04

Votre plume est très belle, et vos textes très inspirants.

Sylvain Andreux 26/04/2017 10:55

Merci pour ces compliments qui me touchent et me gênent.

gestiondevie.over-blog.com 25/04/2017 18:54

Bel article, qui respire le vécu. Vu sous cet angle, la reconversion professionnelle peut être vue comme une espèce de renaissance (et l'accouchement peut parfois être douloureux !). C'est avec plaisir que je lirai la suite de tes aventures.

Sylvain Andreux 26/04/2017 07:41

Merci de votre fidélité. Cette reconversion était impérative. Le monde du bâtiment va mal. Je ne suis qu'une victime parmi tant d'autres de cette machine à broyer. Il fallait rebondir mais avant cela me reconstruire.