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Délicate et saine

Délicate et saine

Journal d'une reconversion professionnelle. Ou comment passer de Directeur Travaux à Charcutier Traiteur.

Comme une bouteille à la mer.

Comme une bouteille à la mer.

Demain est une journée particulière chez nous car nous allons fêter en famille les 8 ans de Camille la petite dernière. Ce moment, Camille l'attend depuis environ un an.

Pourquoi? Rien de particulier mais Camille est une enfant précoce et sans doute plus que les autres enfants de son entourage, elle meurt d'envie de goûter aux libertés des grands (sans en percevoir les obligations of course).

Aujourd'hui, il s'agissait de fêter dignement l'événement avec ses copains et copines dans un de ces fameux hangars au confort spartiate et jouissant d'une acoustique parfaite: Youpi Park!

Ceux qui ne connaissent pas ces endroits ne mesurent pas leur chance et paradoxalement, ceux qui y ont recours les bénissent (et leur maison aussi d'ailleurs). 

Pour résumer, c'est un endroit rempli de toboggans, de piscine à balles, de structures gonflables... Un endroit magique d'où un enfant bien apprêté et en pleine forme ressort dégoulinant de sueur, avec une seule chaussette et épuisé. C'est un peu l'inverse d'une machine à laver en fait.

Pourquoi je vous parle de cela? C'est parce qu'en fait ma femme me faisait la remarque que l'an dernier, sa grand-mère dont elle est si proche, l'avait accompagnée toute la journée. Un an plus tard, c'est un effort que l'on ne peut plus lui demander suite à une année difficile avec une chute et une longue hospitalisation où on a bien cru la perdre.

Nana (comme on l'appelle) est sortie de cet épisode avec de la mobilité en moins, mais avec le sourire et toute sa tête. Un modèle à 91 ans. Il y a trois ans nous perdions Raymond, son mari. Le patriarche et éternel bout-en-train de la famille. Homme de savoir et de parole. Un de ces hommes qui force le respect.

Il y a quelques temps de cela, j'avais écrit un post sur le forum de la passion du vin (sur lequel j'interviens peu à présent).

A la suite de ce post, j'ai reçu plein de réactions et de remerciements. J'avais un peu oublié cet écrit quand un ami est tombé dessus au hasard de ses lectures et m'a suggéré de le mettre sur mon blog. C'est selon lui une façon de toucher d'autres personnes qui se reconnaîtront dans ce post. J'avoue que je n'y avais pas pensé. Mais en le faisant je me dis que c'est une façon de prolonger un peu plus son souvenir.

Alors bonne lecture.

Oui je sais ce vous allez me dire: Barton 97!!! Qui a encore ça dans sa cave?
Bin moi! Mais je m'en serai bien passé à dire vrai.

Non pas pour les qualités intrinsèques du vin, mais pour les circonstances.


Ce vin je l'avais offert au grand-père de ma femme il y a environ 10 ans. Ce n'était pas un grand amateur le grand-père. Mais la magie des GCC suffisait à allumer une étincelle dans ses yeux comme beaucoup qui ne connaissent de ces châteaux que le rang qui leur est dû.


Il nous a quitté il y a deux ans et la grand-mère m'a demandé de vider sa modeste cave avant les fêtes. J'y ai retrouvé la totalité des vins que je lui avait offert: allant des Provences aux vins allemands en passant par les Rhônes.


J'avais retracé avec le vin, tous les endroits qu'il avait arpenté à pied. Lui qui avait fait le débarquement de Provence et avait repoussé les allemands jusque dans leurs terres, libérant ainsi l'Alsace.


Retrouver ces bouteilles était une déception car il n'a jamais pris la peine d'en fouler le liège et de vivre une émotion en leur compagnie. C'est un peu comme retrouver des lettres d'amour jamais ouvertes.


Et puis, on n'est jamais très fier de devoir repartir avec les objets d'une personne qui nous est chère. C'est un mélange de culpabilité, de douleur et de déception.


Bref j'ai donc fait ce que la grand-mère souhaitait et qui lui faisait plaisir. Pour elle, savoir que ces bouteilles seraient ouvertes par un "vrai" amateur était une manière de lui rendre hommage.


Bref, le premier de l'an approchant et vu les circonstances (soiree haut chic, bas choc) je me suis dit que cette bouteille, si elle avait quelque chose à donner, c'est dans ce contexte qu'elle serait la plus appréciée. Il faut préciser qu'il s'agit là de mes amis qui ne connaissent que les vins du Médoc et qui de par mon statut de "sommelier du groupe", attendent de moi un apport instructif et avisé.

Pour ce qui est du millésime ? Dans le meilleur des cas ils vous diront qu'en 97 Chirac avait prononcé la dissolution de l'assemblée nationale et dans le pire, que la France gagnait le tournoi des 6 nations qui à l'époque n'en comptait que 5 (des nations).


Tout le monde a saisi le contexte?


Dans le pire des cas le vin serait raccord avec la thématique de la soirée si son ramage ne se rapportait à son plumage.


On y vient donc.


L'ouverture se passe sans embûche et le bouchon est d'ailleurs impeccable.
La robe est légèrement tuilée sur l'extérieur du disque mais la couleur est encore vive
Le nez est assez frais et nettement sur le poivron rouge, le sous bois et la griotte
La bouche est encore vive avec des tannins fondus mais l'acidité du vin donne du tranchant dès l'attaque. Le fruit sur la fraise guariguette est porté jusqu'en finale (moyennement longue tout de même) . Le toucher est agréable et séveux et pas dysarmonique.
 

Alors oui ce n'ai pas là le meilleur Barton que j'ai pu déguster. Mais je suis heureux de l'avoir partager de cette manière car il a donné du plaisir.

Ce qui correspond à ce que voulait la grand-mère.

Je me dis qu'à l'aveugle dans le cadre d'une dégustation entre amateurs, nous aurions été moins cléments avec ce vin.


Je me réjouis d'avoir pu l'apprécier tel qu'il est mais je n'ai qu'un regret... Ne pas l'avoir bû avec lui.
 

Tu nous manques Raymond.

 

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