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Délicate et saine

Délicate et saine

Journal d'une reconversion professionnelle. Ou comment passer de Directeur Travaux à Charcutier Traiteur.

Retour de fêtes acte 1

Retour de fêtes acte 1

Le récit que je vais vous narrer, prend racine en décembre. Hervé, homme de mesure avait pris soin de nous envoyer cette invitation bien en amont pour faire converger nos différents emplois du temps.

Cette démarche suffisant à elle seule, à retenir la préméditation votre honneur !

Au bout de quelques retours, une date s’impose, ce sera donc le 21 janvier.

A ce moment précis, aucune des victimes ne connaît son sort même si les antécédents de nos hôtes ont déjà fait les choux gras de la presse spécialisée.

Bref,  les fêtes sont dernières nous et chacun se pensant en de bonnes dispositions pour arpenter l’hiver, la confiance règne parmi les convives.

C’est donc par un frais samedi soir, dans le cadre cosy de la salle à manger d’une maison  en banlieue Bordelaise que de cette incroyable histoire écrit ses premières lettres.

Cathy et Hervé nous reçoivent selon le parfait protocole, le geste précis, le sourire de circonstance et bien apprêtés.

Nous arrivons une fois de plus en dernier avec « seulement » huit minutes de retard. Il faut croire que le reste de l’assemblée avait hâte de vivre leur tragique destinée !

A peine arrivés nous gagnons la table et les verres se remplissent. Comme à chaque fois (et pourquoi d’ailleurs ?) je siège à côté de Julien (dit Ju pour les intimes). Sans doute que mes hôtes me confèrent ainsi le droit d’user de ma main gauche (un peu amochée ce jour) pour remettre dans le droit chemin celui qui use et abuse de toutes les bonnes choses de la vie.

Deux verres nous sont présentés et afin de les découvrir au mieux, du jambon de Pata Negra se tient à notre disposition.

Indice : Grandes maisons, millésimes différents.

Le vin n°1 se présente sous une robe claire avec une bulle nette.

Son nez est caractérisé par la noisette et l’on retrouve la minéralité représentée par la pierre à fusil.

La bouche est ronde, le toucher est sucrayon sans grande tension pour finir sur une fine finale.

Je suis sur un chardonnay mais pas le bon. Pour le millésime je propose 98. Raté. C’est Amour de Deutz 2000.

Beau vin mais manquant un peu de tranchant pour moi. Question de style.

Le vin n°2 arbore une robe paille.

Son nez se définit sur la pomme cuite (légère toutefois), la brioche et la poire.

La bouche est ronde également, l’acidité est plus présente que sur le précédent vin. Le toucher est plus crémeux, la bulle plus fine et la finale livre de beaux amers.

J’ai une fois de plus le cépage mais pour le reste tout faux une fois de plus. Il s’agit là de Comte de chapagne 2002 de Taittinger. Ma préférence ira à celui-ci pour plus de complexité.

La série d’après se présente avec trois vins blancs secs que nous dégusterons sur un carpaccio de St Jacques, gambas et pamplemousse rose.

Indice : vins français (comme tous les vins de la soirée), même cépage, même millésime.

Le vin n°3 apparaît sous une robe or clair.

Le nez est caractérisé par le poivre blanc, la paille et le beurre.

L’attaque en bouche est fine, acide, avec un fruit de pêche blanche et une belle minéralité. La finale est longue. J’aime. Je m’oriente vers un chardonnay bourguignon des années 90, mais j’attends la suite. On n’est pas à notre première bourde alors ne pas confondre vitesse et précipitation. Nous saurons plus tard qu’il s’agit d’un Chablis 1er cru Vaillons de Dauvissat.

Le vin n°4 est d’un or plus soutenu.

Son nez (plus complexe) est de beurre (encore), de crème, d’estragon, de fleurs blanches et de caillou chaud.

La bouche est riche et suave avec des amers discrets marqués dès l’attaque. C’est torréfié et la finale est longue sur la noisette assure le parfait équilibre de ce vin. Ca j’adore ! Chassagne Montrachet 1er cru les Vergers 95 de Niellon. Confirmation sur ce viticulteur.

Le vin n°5 est d’un or plus pale.

Le nez est sur la pate d’amende, la vanille et surtout le registre devient plus exotique à l’aération.

En bouche l’attaque est fine tout comme le reste de la bouche. Le gras est faible. L’aromatique sur la fleur blanche satisfera les amateurs de douceur et la finale douce.

Manque pour moi d’ampleur et un style trop « vierge effarouchée ». Chablis Grand Cru Blanchot 95 de Raveneau.

Belle série avec pour mon gout une domination nette de Niellon. Hervé nous dévoile les acteurs déchus de cette série. Deux bouteilles d’aspect intact mais complétement oxydés : Chassagne 1er cru Ruchottes et Batard montrachet 95 de Ramonet. Quelle déception et de quoi manger sa casquette. Personnellement, je retournerais ces bouteilles à la propriété pour voir ce qu’ils en pensent.

Troisième série servie sur un foie gras maison, cuit au sel. Guy (dont l’esprit d’autochtone Barsacais n’autorise qu’un accord avec le foie gras) aura droit à un verre de liquoreux par anticipation. Le reste de la table, plus averti et plus ouvert dégustera donc deux rouges.

Indice : même région, même millésime

Le vin n°6 arbore une robe tuilée, brunie sur l’extérieur du disque avec quelques fines suspensions

Le nez est une bombe ! Sur la prune, le menthol, la viande fraiche et la fumée.

La bouche est souple. Les tannins sont apaisés. L’attaque est large, sur l’ancre de chine puis ça devient riche sur la figue, la viande. La bouche est sanguine. Avec une finale de havane et d’olive noire. Je propose Cheval Blanc 90. Pas loin. Je propose l’Evangile pour le style. Bingo mais c’est un 85. Quel panache ce vin ! Ju me sert un autre verre. Cette fois il n’aura pas droit à ma main ferme.

La difficile tache de faire face à ce cru revient au vin n°7. Sa robe est profonde. Grenat sur l’extérieur.

Son nez est marqué par les fruits rouges très murs. La fraise entre autre. Avec une grande fraicheur.

La bouche confirme cette fraicheur avec une attaque fine et une grande ampleur par la suite. Légère sucrosité avec un fruit sur le cassis et un finale affirmée.

Impossible de penser que ces deux vins sont du même millésime. Il s’agit du Château Lafleur 85 que personne n’avait évoqué même si tout le monde était d’accord sur l’appellation. Très beau vin mais pas aussi complexe que son prédécesseur. 

La série suivante est une série de trois vins proposée sur une côte de bœuf de 60 jours.

Indice : trois régions différentes, trois mêmes millésimes (et trois grosses quilles)

Je mets le nez au dessus des verres et demande instantanément à Hervé de remplir les formulaires d’adoption que j’ai apporté. Y’a du lourd !

Le vin n°8 est sombre, grenat sur l’extérieur.

Le nez est sur l’olive noire, la fraise écrasée et le menthol. Je glisse à Ju Syrah, Côte Rotie.

En bouche, le toucher est sucrayon avec des amers de Suze. Puis vient le cassis, ample qui persiste jusqu’en finale. Le nez est splendide ! Je dormirai bien sur une barrique pour voir. C’est en fait un Hermitage Pavillon 89 de Chapoutier. Pas étonnant de le trouver à ce niveau.

Son successeur, le vin n°9 arbore une robe claire, marron sur l’extérieur.

Le nez est marqué par la cire ou le fusain au premier abord, ce qui me déplait un peu. A l’aération, cela va se fondre et donner place à la plume, la réglisse et la muscade.

La bouche est fine, acide, sur le tabac blond. Les tannins sont policés et la finale sur la griotte.

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il s’agit d’un pinot noir Bourguignon. J’étais sur un grand cru de Gevrey. Loupé c’est un Nuits St Georges Les Boudots 89 du Domaine Leroy. 

Le dernier vin rouge, le vin n°10 est d’un grenat léger.

Le nez est splendide et complexe, sur la crème, la terre battue, l’ancre de chine et le poivron rouge.

La bouche est large, précise avec un fruit sur la crème de cassis avec des tannins fins. La finale est longue et aérienne. Quel pied ! La quille de la soirée pour moi. Je pars sur une Mission Haut-Brion 90. Raté c’est cheval blanc 89. J’avais déjà bu le 90 qui fut splendide mais plus musclé. Je crois que je lui préfère ce 89. Ce vin ainsi que Lafleur et plus encore l’Evangile, nous démontre que quand Bordeaux est grand, il met tout le monde d’accord.

Le dessert arrive : pain perdu et ses agrumes.

Une série de blanc liquoreux pour l’accompagner.

Indice : même région, même millésime.

Le vin n°11 se présente sous une robe vieil or.

Le nez est sur l’abricot, l’amande fraiche et la mangue (cela m’évoque un Sauternes).

La bouche est exotique, pleine avec le citron et la torréfaction, il est alors d’une grande race. La finale est belle et longue. Je Propose Raymond Lafond 87. Raté, c’est un Barsac : Climens 86. Je n’ai pas trouvé de caractère floral qui souvent me permet de différencier Barsac et Sauternes. Très beau vin quoi qu’il en soit.

Le vin n°12 est de couleur or.

Un nez très différent un peu étheré au début, puis plus exotique, sur l’ananas roti.

La bouche est diabolique de précision et de douceur. Le vin est féminin puis exotique avec une finale sur le café. C’est un régal. On en boirait au petit déjeuner. Magnifique vin. J’avais pronostiqué Climens. C’était en fait une cuvée Madame du château Coutet 86. Etiquette dont je ne connaissais même pas l’existence. Double surprise.

Enfin le dernier vin (le n°13) est de couleur or légèrement plus orangé.

Le nez est sur la pate de coing, les épices, l’écorce d’orange. C’est splendide !

La bouche a un toucher aérien, c’est complexe et gras. La finale amène le Cointreau et le menthol bien rafraichissant. C’est d’une longueur interminable.

Je lance Yquem sans hésiter. C’est bien ça. Yquem 86. Magnifique.

La soirée se fond tranquillement, une petite visite à la cave histoire de prolonger cette délicieuse expérience par un peu de fantasme.

On refait le monde et on revient sur les vins qui nous ont marqués. On blague et les mêmes anecdotes ressortent. On se délecte du moment présent, rassasié de ces mets, ces vins et ces personnes que l’on ne voit que trop peu.

J’avais pris un peu de distance avec le vin car il fut un temps où ce genre de soirée, ce juxtaposaient avec une fréquence si courte que l’on avait peine à se souvenir de l’émotion de la dégustation précédente. J’avais le sentiment de galvauder des instants que nombre d’amateur rêvent de vivre et des vins qu'autant rêvent de boire.

Mais je dois avouer mon plaisir d’avoir vécu à nouveau cette débauche de plaisir et de générosité que nous a offert ce couple si attachant.

Je n’aurais pas assez de mots pour qualifier la soirée que j’ai passé. Un moment avec des amis à se submerger de belles bouteilles que nous ne croiserons pas de si tôt.

J’ai conscience d’être un privilégié. Et j’ai conscience d’avoir la chance d’avoir autour de moi des personnes de valeurs qui sans un mot vous témoigne un sentiment d’affection qui n’a d’égal que leur générosité.

Vous faites de moi un homme heureux. Milles mercis, vous êtes des personnes précieuses.

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Commenter cet article

Cathy 24/01/2017 20:53

Quel plaisir de lire tout ce que l'on peut dire sur du vin. J'aime ton style d'épicurien généreux. Je suis ravie d'avoir un tantinet contribué à ton bonheur et je confirme le plaisir partagé de vous retrouver tous. Bises

Sylvain Andreux 24/01/2017 21:55

Le vin est un texte, le décor est votre table, le scénario est votre cœur et nous sommes les heureux acteurs de votre ôde à la vie. Vivre ces moments c'est se sentir vivant. Merci.